«Il est où ce métier qui va me pasion؟ »: la génération Paumé.e.s veut exorciser les absurdités la vie au travail


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Le réseau des Paumé.e.s accueille des jeunes diplômés bien insérés dans la vie professionnelle mais qui « craquent ». Leurs apéros, ateliers et formations réunissent un public croissant.

Par Léa Iribarnegaray Publié aujourd’hui à 00h26, mis à jour à 14h53

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L’apéro « Paumé.e.s dans ma quête effrénée du bonheur », à Paris, au printemps.
L’apéro « Paumé.e.s dans ma quête effrénée du bonheur », à Paris, au printemps. MAKESENSE

C’est l’heure de l’apéro. A l’entrée, chacun des participants a pioché deux petits papiers à scotcher sur sa chemise – l’un correspondant à une famille de métiers, l’autre à un adjectif plus ou moins cartésien. A notre droite, un « financier frivole » ; à notre gauche, une « webdesigner psychopathe ». Mi-embarrassée, mi-amusée, nous déambulons nous-même avec l’étiquette de « permacultrice sur Tinder ». On appelle cela un « icebreaker », une façon ludique de briser la glace lorsque les gens ne se connaissent ni d’Eve ni d’Adam. Et l’idée fonctionne : le brouhaha paraît immédiat dans le Sensespace, un espace de bureaux partagés consacré à l’innovation sociale, ouvert par le réseau d’entrepreneurs Makesense, à deux pas de la place de la Bastille, à Paris.

Invitée via un groupe Facebook, la communauté présente à cet apéro, rassemblée par le collectif des Paumé.e.s, partage l’absurde du quotidien au travail. Pour introduire la soirée, on joue à « bullshit or not bullshit ? » en référence aux « bullshit jobs », ou « emplois à la con », théorisés par l’anthropologue américain David Graeber, émiettements de tâches inutiles et vides de sens. « Faire des centaines de ronds sur un PowerPoint chaque semaine pour un fonds d’investissement ? » « Bullshit ! » « Effacer les imperfections des acteurs dans des spots publicitaires ? » « Euh… pas bullshit ! » Chacun y va de son anecdote loufoque et pourtant bien réelle, s’efforçant de préférer le rire aux larmes.

La génération Paumé.e.s a entre 25 et 30 ans, sans oublier quelques précoces et retardataires. Ils sont diplômés d’une grande école de commerce ou d’ingénieurs et n’ont pas rencontré de difficultés pour s’insérer dans le marché de l’emploi. Et font face à un même paradoxe : une carrière a priori prestigieuse, ou pour le moins avantageuse, mais une volonté de s’en extraire.

Après l’Edhec à Lille, Aurore Le Bihan a passé trois ans dans la régie publicitaire d’un journal quotidien dont on taira le nom et dont vous êtes supposément lecteur. Stage, puis CDI : tout s’enchaîne, jusqu’à ce qu’un grain de sable vienne enrayer la machine. « J’ai fini par ressentir une forme de vacuité et par perdre le sens de ce que je faisais », raconte Aurore, la plus âgée de la bande, 31 ans aujourd’hui. Lorsqu’elle plaque son CDI, Aurore s’aventure dans une année et demie de chômage et de voyages, avant d’obtenir le capes de lettres modernes en même temps qu’un boulot chez Makesense, association née en 2011 pour aider les entrepreneurs sociaux à développer leurs projets.

 

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